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J’aime mon métier d’artiste

J’aime le souvenir du travail avec Iannis Xenakis, la force de Marcel Bleustein-Blanchet qui, lorsque terré au fond d’une cellule de 10 m2, trouve un espoir dans la création d’une fondation pour les autres, la générosité de Gaston Sylvestre hurlant les harmoniques d’une pièce de Carlos Roque Alsina, de André Boucourechliev à travers un verre de whisky ou de John Cage me parlant “mal-bouffe” dans les couloirs d’une cantine scolaire en Allemagne.

J’aime discuter avec Steven Schick de notre métier, inventer du théâtre avec Jean-Louis Hourdin ou Louis Arti, lire Claude Nougaro qui dit que je suis dans la force de l’âge... et me concentrer sur l’enregistrement de Neptune avec Philippe Manoury, me faire docile quand Brice Pauset sort de son sac quelque chose qui m’attend et trop bien comprendre DJ-Spooky (that subliminal kid ! ).

Je me souviens du choc avec Marcel Azzola qui me dit Brel et Piaf, d’un récital à la salle Pleyel, où mes baguettes volaient toutes seules.
J’aime Daniel Humair et sa virtuosité invisible, Michel Portal, Antoine Hervé ou Noël Akchoté et leur fragilité coûteuse.

Je me souviens de Luc Ferrarri à Salzbourg, des ateliers UPIC à Bath, de mon nom au milieu d’une foule à Darmstadt, d’Alexis Gruss au bord du périphérique, d’interminables séances d’enregistrements avec Pierre-Yves Artaud, Irvin Arditti, Claude Helfer ou Jean-Pierre Drouet et de spectacles pas comme les autres à Prague, Fresno, Zurich ou Rome...

J´aime ces "maisons des compositeurs" que sont l´IRCAM, le CCMIX, Le GRM, La Muse en Circuit et les gens qui y travaillent.

J´aime construire des aventures expérimentales où tous ensemble, "artisans", nous renouons avec cette volonté de l’artiste témoin et chercheur.

J´aime les studios de répétition qui sentent la transpiration, ma "table de compositeur" périmètre imaginaire d´un univers "complexe", les salles de concerts velours façon "bordeaux", les chapiteaux qui claquent...

Je déteste les talons qui se tournent et la lâcheté des yeux trop bas quand les "empêcheurs" de tourner en rond ont décidé trop vite de la validité d’une œuvre.

J´aime "Act Opus" ma compagnie, et suis séduit à l´idée de la faire vivre nuit et jour à la manière d´une pile

Je m´interroge au quotidien sur le sens des mots culture république création démocratie

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