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Deux hommes jonglaient dans leur tête
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  Mathieu Braunstein
  | Télérama | 24 novembre 2009
 
 

Scènes | ARTS DE LA PISTE
DEUX HOMMES JONGLAIENT DANS LEUR TÊTE
PAR JÉRÔME THOMAS ET ROLAND AUZET

LA BOULE ET L'OEUF

Un jongleur et un percussionniste au milieu d’instruments étranges.
Du cirque musical plein d’invention.

L’un jongle avec des grelots de tailles différentes sortis de sa poche, tandis que l’autre arpège sur un œuf musical, un des drôles d’instruments en bois qui peuplent le plateau. Livrés à leur art, à leur manie, les deux hommes ressemblent un peu à deux cambrioleurs, entrés par effraction dans l’atelier d’un fabricant de jouets. Leur entrée en lice est d’ailleurs particulièrement soignée : le jongleur, grand escogriffe, avance perché sur des tambours de bois que le musicien fait résonner à l’aide de longs bâtons. Pas sûr que ces deux-là se connaissent vraiment. Passé le temps de la découverte – le rebond des balles pour l’un, le rythme des baguettes pour l’autre –, chacun part vaquer à son exploration…
On ne présente plus Jérôme Thomas, roi de la jongle et rénovateur des arts de la piste. On connaît moins Roland Auzet, compositeur contemporain, passé par une école de cirque, pourtant lui aussi homme de scène. Discret et assuré, il met en branle des instruments imaginaires, aux accents sourds ou métalliques, évoquant par moments le gamelan de la lointaine Indonésie. D’autres présences, en filigrane, se font sentir sur le plateau. Comme celle de Robert Hébrard, luthier fantastique, inventeur de toutes ces roues, sphères à mobiles et œufs sonores, conçus sur le principe du culbuto... Ou encore celle de Mathurin Bolze, ex-trampoliniste passé à la mise en scène – sa maîtrise de la star à cinq balles, aux débordements ici canalisés, dominés, n’est pas le moindre de ses mérites. Jérôme Thomas, électron libre de la piste, se plie à la dure discipline du rythme musical.
De cette rencontre non forcée, imaginée par l’Espace des arts de Chalon-sur-Saône, chacun sort apaisé, grandi.

 
  Gwénola David
  | La Terrasse n°161 | octobre 2008
 
 

Cirque | Musique | Région
RENCONTRE | Deux hommes jonglaient dans leur tête

Rencontre en scène entre deux artistes hors normes.
Roland Auzet et Jérôme Thomas. L’un est percussionniste virtuose, compositeur passé par l’Ircam, apprenti voltigeur à l’école Fratellini et inventeur d’un « cirque technologique et musical ». L’autre est jongleur singulier, gracile un peu fauve, toujours à tarauder les frontières disciplinaires. Deux artistes, deux fortes personnalités, pour un face à face sans compromis. « Nous nous connaissons depuis vingt ans. Nous avons souvent discuté au café de nos créations. Le temps était venu de poursuivre la conversation sur le plateau. » raconte Roland Auzet, associé à l’Espace de arts de Chalon-sur-Saône, où se déroule la création. Une rencontre donc, insolite, forcément. « Nous nous sommes donné pour règle de travailler dans nos univers, justement pour les confronter et les partager. Nous avons beaucoup échangé en amont sur notre rapport au temps, au corps, à l’objet, ainsi que sur nos parcours respectifs, avec les succès et les erreurs. Un vrai travail sensible et critique, qui nous mène au bout de notre vérité ».

Un quartet pour un étonnant duo

Pour chercher un langage en commun, ils ont fusionné leurs outils : ils ont fait fabriquer chez un luthier des instruments-objets, qui peuvent être manipulés tout en produisant des sons. Et pour orchestrer leur tête-à-tête, ils ont demandé à Mathurin Bolze, circassien metteur en scène, de jouer l’arbitre bienveillant, et à Wilfried Wendling d’écouter et d’interpréter en « live » les sons électroniques. En scène, Roland Auzet et Jérôme Thomas ont peu à peu tissé la partition de cet étonnant duo, où la résistance des choses, le caprice des objets et la musique des corps fusent en un dialogue unique.

 

 

Le journal
de Chalon-sur-Saône

  J. Durand
  | Le Journal de Chalon-sur-Saône | 25 octobre 2008
 
 

UN SPECTACLE À ÉCOUTER ET REGARDER

C’est dans un univers sonore et un peu magique que Roland Auzet et Jérôme Thomas ont plongé les spectateurs mardi soir au Piccolo de la rue aux Fèvres.
« Faire exister ce qui n’existe pas ». La musique, le cirque, l’expression corporelle vont faire naître ce monde magique. Deux hommes vêtus de noir, pieds nus et venus de nulle part dans une quasi obscurité se frayent un chemin quelque peu cosmique. La présence de globes, de sphères au sol et en hauteur, de cubes, tous objets sonores, plonge le public dans les entrailles d’un monde mystérieux.
Peut-être les premiers pas de l’homme, ses balbutiements, ses recherches, une musique douce rappelant les quatre éléments. Des sons de peuples primitifs.

Le globe se balance, est-ce la Terre qui tourne ?

La lumière se fait plus intense, les percussions aussi. Jeux de balles, jeux de notes, une jonglerie interactive. Puis, jeu de miroirs, les instruments et les personnages se multiplient à l’infini. Les acteurs se perdent et nous perdent un peu dans ce dédale, le rythme est plus intense. Roland Auzet s’installe en bas de scène, les miroirs inclinés reflètent le public.
Ce sont des rires qui accompagnent les envols de plume et les mimiques. Rires aussi lorsque Jérôme Thomas jongle avec ses nombreuses balles et avec la participation de sa cravate ! la vie est faite de hauts et de bas, le principe du yin et du yang… Les éléments sonores de forme rondes ou ovoïdes se déchaînent dans un bruit fracassant, c’est la folie, un véritable tsunami ! Le calme après la tempête, une pluie douce.
Une pluie d’applaudissements pour saluer cette création très originale. Avec la complicité de Mathurin Bolze metteur en scène, Wilfried Wendling sons électroniques et Robert Hébrard créateur d’instruments sonores.

 

 
  Meriem Souissi
  | Le journal de Saône-et-Loire | 18 octobre 2008
 
 

COMPLICITE SIGNEE ROLAND AUZET – JEROME THOMAS

Rencontre improbable un soir de spectacle, une conversation de circonstance et le pari du « si on travaillait ensemble » tenu. Voilà un duo peut-être improbable entre un circassien, le très connu Jérôme Thomas et un percussionniste non moins connu, Roland Auzet. Deux itinéraires, deux énergies, deux personnalités qui de l’impérieuse nécessité de créer ont fait leur voie l’espace d’un spectacle. Trois périodes, la rencontre, l’écriture et la répétition et au final un spectacle baptisé « Deux hommes jonglaient dans leur tête ». Chacun a apporté son univers créatif, son vécu, les deux artistes quarantenaires ont l’expérience de la création.

« On a travaillé ensemble face à face avec notre monde propre, l’avenir dira si un a tiré la couverture à lui, on voulait raconter nos différentes natures d’être. On a fait construire des instruments pour cela, fabriquer des objets. On fait un vrai pari, on mouille la chemise. Je ne suis pas seulement un percussionniste, il n’est pas seulement un jongleur. Cette expérimentation va nourrir nos projets. Nous avons dû partager nos imaginaires et tant que l’on n’était pas d’accord dans l’écriture, aucun de nous n’a cédé. En même temps, il a fallu prendre en compte l’autre, se faire attentif, ne pas utiliser les figures habituelles. Mathurin Bolze a joué le rôle d’arbitre, de regard extérieur, capable de nous dire ce qu’on voit de la salle ».

Au final, le titre dit-il « s’accorde beaucoup à l’univers que nous avons développé, chacun de nous jongle effectivement dans sa tête avec ses propres outils. »

Artiste associé de l’Espace des Arts depuis 2005, Roland Auzet a construit un compagnonnage avec la Scène nationale, « une complicité affective avec les équipes » et une satisfaction que l’Espace des Arts soit la seule scène nationale de France à faire un « réel boulot de production de théâtre musical » dans une France qui a scindé en trois les pratiques artistiques, fondé des centres d’art dramatique, des centres chorégraphiques mais rien pour la musique et le cirque.
Peut-être sera-t-il entendu un jour, qui sait ?

 
   
 
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